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Voyages, bagages et nuages: le point de vue d'une hôtesse de l'air dans des grands oiseaux en fer.

01 Aug

This aircraft feeling

Publié par Julie  - Catégories :  #Ciel

Pompiers, infirmières, policiers... On a tous l’air de quelqu’un d’autre en uniforme.

 

« Ah ben tiens je ne t’aurai pas reconnu ! » Et pour cause, un chignon et du maquillage et Abracadabra, la bonne fée de Cendrillon n’aurait pas mieux fait. Souvent méconnaissable.

 

Que celui qui n’a jamais dévisagé une hôtesse de l’air désarme le premier toboggan. Lors d’un vol ou à l’aéroport les attentes se succèdent ; on a l’opportunité de commenter les tenues, voire même d’essayer d’identifier la compagnie auxquelles elles appartiennent. Particulièrement sur un long trajet, ceux qui s’embêtent vraiment on tout le loisir de se marrer.

 

Voici maintenant la vérité sur la relation amour/ haine des hôtesses de l’air et leur uniformes.

 

Pourquoi amour ? Parce que le matin c’est FACILE, plus besoin de tergiverser devant l’armoire à essayer toutes les tenues possibles et imaginables. Quelqu'un a déjà pensé pour vous. Ça sera pareil, tous les jours, à quelques nuances près. Robe ou jupe, choix rapide qui se fait selon non pas ce qui est propre, mais repassé. Pantalon pour les chanceuses.

 

Premier vol, Paris. Perdue dans mon uniforme, un point rouge au milieu de la figure, un copain me fait remarquer que j’ai le chapeau du petit Spirou sur la tète. Il n’a pas tort. Foulards, capes, chapeaux : on a vite fait de se prendre pour Batman.

 

« Vous allez à une fête déguisée ? » Non, juste au boulot. Ensemble beige à rayures, les patates de l’air je vous dis. Une hôtesse de l’air doit être en bleu, comme le ciel. Malheureusement peu de gens partagent cet avis.

 

En dernière semaine de formation, certains attendent le moment ou l’on reçoit les uniformes comme le jour de Noël. L’amour est alors à son apogée, jamais autant de photos n’ont été prises dans la même tenue. Toutes dans des poses rivalisant d’intelligence et de bon goût.

 

Quand vient donc la haine ?

 

Eh bien après quelques vols, on se rend compte que cet accoutrement n’est pas si confortable que ça. Absolument pas adapté aux aléas de la vie, et pas chaud pour un sou. Les nouvelles venues qui n’ont pas droit aux pantalons tentent d’en acheter sur le net, ça se vend à prix d’or.

 

A l’aéroport de Moscou, le trajet qui mène au bus dure une minute. La plus longue de toute ma vie, en en plein hiver les jambes ridiculement équipées d’une jupe se transforment instantanément en glaçons. Et je ne parle pas du risque de glisser en talons sur le sol verglacé.

 

Globalement, on est jaloux de l’uniforme des autres compagnies. Le tailleur Lacroix d’Air France, la robe longue à fleurs de Thai Airways - qui ne vont qu’à elles par ailleurs : c’est toujours mieux chez les autres. A quelques exceptions près (Ryan air, compassion...)

 

Réfléchissez au moment ou vous rentrez chez vous après le boulot. Vous prenez un thé, un goûter, une bière peut être? Ceux qui rejoignent les copains au bar commandent un demi, on desserre la cravate. Que font les hôtesses en rentrant de vol, avant TOUTE chose : enlever tout ça, en vrac. C’est comme une priorité, pour ôter cet aircraft feeling, ce sentiment un peu berk que l’on a après avoir passé la nuit dans l’avion.

 

En embarquant dans un avion on a une impression de propre et beau, avec la petite musique qui vous souhaite la bienvenue. On ne réfléchit pas à la dimension nid à bactéries, ce tube voit passer des milliers de personnes par jour. Qu’importe la longueur du vol, on en est imprégné de « sentiment d’avion », alors les habits n’en parlons pas. Un mélange d’air pressurisé, d’odeur de four, de gens, de toilettes. Pas très séduisant, heureusement que l’on ne s’en rend compte qu’après. Dans les airs on est bien, comme un poisson dans l’eau.

 

En uniforme on joue un autre personnage, celui d’une personne hyper bien élevée. On représente la compagnie, autorisation d’être uniquement gentil. Alors forcément, certains en profitent. Imaginez une petite voix dans votre tète qui vient vous stopper sans cesse de faire des bêtises : « NON, tu es en uniforme »

 

Gentil et soigné, pareil au soin que l’on porte à la sécurité et au service. Personne n’a envie de voir une hôtesse avec la coiffure du cousin Machin, cela fait désordre. Même après douze heures de vol, il est préférable d’être tiré à quatre épingles : non pas une ni deux, quatre. C’est à peu près le nombre de choses autorisées en uniforme. L’inventaire des interdictions est long comme une liste de passagers en pleine saison :

 

Pas de marques d’affection (non, pas la bise au frangin). On mange seulement avec des couverts, et assis. Ne pas être vu dans tous bars ou commerces vendant de l’alcool. Ne pas être vu en train d’acheter un produit au supermarché (ça fait sponsor). Interdiction de fumer bien sur, sacrilège ultime : le seul moment où vous pourrez fumer en uniforme c’est dans votre chambre d’hôtel fermée à clés. Et bla et bla, j'en passe et des meilleurs.

 

Trois heures du matin, le réveil sonne. Je m’habille comme un automate, c’est quand même bien pratique cette histoire. J’ai cependant trouvé un moyen de contourner ces contraintes, une règle qui n’a pas encore été inventée. Avec un vélo bricolé (merci papa) je pédale jusqu’à la gare qui m’amène à l’aéroport. Sac à main dans le panier, valise à roulettes accrochée au porte bagage.

 

Un semblant de liberté, à bicyclette.

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