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Voyages, bagages et nuages: le point de vue d'une hôtesse de l'air dans des grands oiseaux en fer.

17 Apr

Sobre en festival: stupéfiant

Publié par Julie  - Catégories :  #Terre

Une de mes meilleures missions? Weather." Le festival des musiques électroniques des grands Paris." Techno, électro, des basses et du bruit. C’est à l’autre bout du monde mais ça vaut le coup, le Bourget est alors associé à la fête plutot qu'à des jets. Pour des raisons évidentes* j’ai longuement hésité avant de mettre ça sur papier.

 

On est une équipe de douze, se baladant avec un I-pad ou tranquilles derrière le comptoir: on permet aux gens de recharger leurs portables. Bien pratique en festival, on fait figure de Messie.

 

« J’ai perdu tous mes potes, vous me sauvez la vie ! Vous avez des chargeurs en plus ? »

 

Oui des centaines, pour tous les portables. On travaille pour un site d’écoute de musique à la demande, il y a donc une petite contrainte: il faut d’abord se connecter à son profil, ou en créer un. C’est là que c’est drôle.

 

Je prends les coordonnées d’un jeune qui se rappelle à peine de son nom. Ensuite le degré de difficulté augmente, il faut créer un mot de passe: « C’est quoi votre prénom ?»

 

« Il n’y a pas assez de lettres. »

 

Les mâchoires qui roulent, des billes à la place des pupilles ça effraie certains de mes collègues. Whatever. Stupeflip, vous avez dit stupéfiant ?

 

Loin des salons, tailleurs, ou festival de sports extrêmes. Loin des fanatiques de la glisse, avides d’adrénaline. Ici la came c’est le son, des milliers de personnes venus de partout pour vibrer sur les grands DJ de la planète. Un public international en quête d’ivresse musicale, de perche, sous des capuches et lunettes de soleil qui dissimulent la poudre aux yeux.

 

On entend la musique à coté de la porte AUTOMNE, il est tentant de se joindre à la transe ambiante. Mais NON: on ne va pas dans le son, ou alors pas maintenant. Je ne suis pas la seule à avoir la bougeotte: deux autres font le pied de grue en rythme, on se réchauffe après des heures debout. D’où notre surnom "les trois steps".

 

Les tablettes graisseuses ne sont pas simples à manipuler, encore moins compte tenu du niveau de concentration global. Une fille déguisée en panthère rose essaie de se connecter avec son compte Fessesbouc. On s’éternise, sans succès. J’aurai presque eu le temps de mettre mes lentilles.

 

Un homme d’un certain âge et visiblement en pleine montée tente de m’épeler son adresse mail. Je lui signale qu’il ne peut pas y avoir d’espace.

 

« Si, si: Pierre, plus loin Martin. Ou alors c’est Pierre de Martin, je ne sais plus. »

 

La jeune fille qui l’accompagne, excédée: « Laisse tomber papa, on va prendre la mienne plutôt. »

 

Les maîtres aux platines transcendent les foules; Marie Dominique et les smarties se chargent de l'état extatique. Sous les pavés la plage : les transats des deux cotés du stand sont tous occupés, avec un peu d’imagination on se croirait ailleurs que sur le bitume du parc des expos. Des filles ou plutôt garçons font irruption sur un char qui hurle du Madonna, claironnant I’m a Virgin. J’adore les gens déguisés.

 

On peut difficilement rêver de meilleures pauses : quand on a un moment on va danser avec Mélanie et Diane, Marie Jeanne est parfois de la partie. Surexcitées, on se ballade entre les différentes scènes et décors psychédéliques. On finit à trois heures du matin et reste sur place jusqu’à la fin des concerts. Pendant trois jours, d’où la nécessité du café en intraveineuse. La cliente renverse mon gobelet bien caché derrière le comptoir, oups.

 

Dernière heure, les gens se précipitent pour récupérer leurs portables avant que ça ferme. Un souk incroyable, il ne faut pas se tromper en rendant les téléphones. En détachant le bracelet on demande le prénom, et vérifie qu’il corresponde à celui inscrit sur le carton d’inscription.

 

« Bertille » Son visage me parle, son prénom aussi. Ça me revient : l’époque des colonies, Italie.

 

« On se connaît. »

 

- Non.

 

- Si.

 

- Non.

 

J’enlève ma casquette ultra glamour. Son état et ma coupe de l’espace n’arrangent rien au processus de souvenirs.

 

« Montelparo, 2010. J’étais l’anim’ de cirque et danse.»

 

Grand sourire: « Ah mais ouiiii. Et bla et bla et bla. »

 

Certains festivaliers se transforment en bisounours qui adorent parler. Ils nous racontent leurs vies au mieux, sinon n’importe quoi.

 

Je danse, tu planes, il ou elle s’extasie, nous vibrons, vous trippez,

 

Ils ou elles, espérons le, nous rappellerons l’an prochain.

 

* Les RH sont en vacances mais méfiance: mon travail passé, rêvé et j’espère futur ne permet pas de faire ne serait-ce qu’allusion à certains sujets. Grounded just thinking of it, il serait moins grave de déployer un toboggan: autant me clouer directement au sol.

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