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Voyages, bagages et nuages: le point de vue d'une hotesse de l'air dans des grands oiseaux en fer.

28 Aug

L’ivresse et les valises

Publié par Plume

Un retour de vol est comparable à un retour de soirée. J’en doutais encore mais c’est scientifiquement prouvé: quinze heures sans dormir font le même effet que deux verres d’alcool, quantité qui croît en même temps que le temps de veille augmente.

Les hôtesses qui vous saluent à chaque porte de l'appareil ont un sourire figé mais parfois hilare et il n’est pas rare qu’elles fassent des gentilles blagues entre deux passagers - surtout ceux qui n’ont pas compris que c’est bon il faut s’en aller maintenant.

Cependant, l’état euphorique n’est pas exactement le même qu’après une joyeuse fête - car travail au lieu de fête il y a eu -. Il y a d’abord le retour à la réalité sur le tarmac, avec les lunettes de soleil de rigueur pour le soleil dans la face glamour, car dans quatre-vingt dix pour cent des cas l’atterrissage est à l'aube.                                                                                  

S’il y a des collègues plaisantins on peut continuer à refaire le monde dans la navette qui nous ramène, mais plus pour longtemps.

Notre état va petit à petit s’éloigner de celui dans lequel on peut se trouver habituellement. Comme un brouillard de fin de soirée, on ne gardera qu’un vague souvenir des personnes rencontrées sur le chemin. Valises en main plus question de s’attarder, dormir relève de la survie. Deux bises à chaque membre de l’équipage et roulez jeunesse.

Je me change avant de prendre les transports, la fête est finie: la métamorphose en civil est déjà un semblant de soulagement. Après avoir été gentil avec tout le monde pendant quinze heures on est irritable, l’altitude a pompé notre oxygène ET notre patience.

Il faut trouver la ligne de train bleue (espoir ? cauchemar ?) : le retour par l’abominable RER B s’apparente à un parcours du combattant, où il faut que je reste constamment concentrée. 

Sur quoi ? Ma valise, quatre-vingt onze litres de capacité. Plus sa version petit format qui va en cabine. Aussi imprévisibles que deux enfants en bas âge qu’ils vaudraient surveiller, surtout lorsque le sol est légèrement en pente.

" Les quatre roues, c’est la vie" me dit Paul.

Ou la mort, ça dépend des points de vue et moments de la journée. Jolie trouvaille, celui qui l’a inventé vient surement d’un plat pays.

La plupart des adultes gens rentrent en voiture. Je ne sais pas encore ce qui va me décider à les imiter.*

Peut être cette fois ou mon énorme valise est partie comme un boulet de canon à l’autre bout du wagon, quelqu'un a eu de bons réflexes d’attrapeur.

Ou encore sa magnifique dégringolade dans les escaliers roulants de la gare du Nord, avec un mouvement identique au notre celui des exercices d’évacuation sur les toboggans des simulateurs : dévaler, continuer à avancer. Fort heureusement, à six heures du matin il n’y avait personne.

Après une journée de sommeil l’état d’ivresse laisse place à celui "à l'ouest", même si paradoxalement c’est en revenant du côté ouest que l’on récupère le mieux, revenant de l’est c’est l’enfer au ciel.

Ou suis-je et dans quel état j’erre ?

Le corps n’a pas bien intégré le concept du décalage horaire et il n’y comprend rien, pas content du tout. Il a eu trop froid, puis chaud. Il a ingéré un dîner à l’heure du petit-déjeuner, s’est réveillé en plein milieu d’un sommeil profond. 

"Tu dois avoir l'habitude à force."

Absolument pas, effectuer des longs courriers diminue au fur et à mesure la résistance à la fatigue, un peu comme brûler son capital soleil à coups de monoÏ en s'exposant régulièrement aux heures les plus chaudes.

Grand nombre d’entre vous qui ont déjà franchi les frontières de l’Europe le savent : les juors qui siuvent snot laboreiux : le rtyhme de vei ets ralentit, l’no avanec comme dnas un broiullrad. Pius ça va miuex. De meiux en mieux.

Juste assez pour repartir.

*Nan en fait je sais pourquoi rien ne presse: le stress de louper son vol à cause des embouteillages, la bienveillance des autres conducteurs, le périphérique. Ah oui, pour commencer je n’ai pas de voiture.

 

 

 

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