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Voyages, bagages et nuages: le point de vue d'une hôtesse de l'air dans des grands oiseaux en fer.

01 Jul

Quelque part entre Paris et Tombouctou

Publié par Plume  - Catégories :  #Ciel

Je vous ai déjà parlé des moments de repos tant attendu après le service.

Et les autres alors, que font-ils pendant la garde ?

Ils veillent, pardi. Ceux qui dorment doivent pouvoir compter sur les membres d’équipage restés sur le pont en cas de situation critique. Nous sommes donc répartis de manière équitable dans l’avion, même si cela veut parfois fois dire toute seule à une porte pendant trois heures.

La garde varie selon les vols : il y a tout d’abord les vols de jour, où tout le monde est bien réveillé. Où l’on ne s’arrête pas une seule seconde de servir de l’alcool, du café, des bonbons, bref tout ce qui est comestible dans l’avion. L’enfer au ciel si l’on est de garde à la quatrième porte de l’avion- l’avant dernière -, que j’appelle la place du mort.                                                                                                    Idéal si on aime être poussée, confondue avec un bar ambulant ou voir son espace vital réduit au strict minimum.

Par exemple : Punta Cana, Bangkok, des destinations qui font rêver. Aaaaah oui magnifique des centaines de personnes qui se sentent déjà tellement en vacances, avec comme seul but ultime celui de tutoyer le coma éthylique avant d’arriver.                                                                                                                                    Ma bête noire parmi toutes les routes du réseau : La Havane. Cuba est pourtant une escale formidable, mais qui se mérite. J'y ai droit un mois sur deux après -O ironie- y être restée bloquée une semaine lors du passage d'Irma. Habana ounana. 

Puis il y a les longs vols de nuit, au retour pour la majorité, où il ne se passe RIEN.                            C’est souvent sur ces vols là où les passagers choisissent d’être gravement malades, quand il n’y a que la moitié de l’équipage disponible. Le facteur malchance peut nous amener à gérer un incident en solo, voire à utiliser des bouteilles d’oxygène et oublier de les fermer.

Des activités réglementaires ponctuent la garde : vérifier l’absence de feu/fumée dans les toilettes, appeler le cockpit pour s’assurer qu’ils sont toujours en vie, faire un tour en cabine, remplir les berceuses*.

Il faut s’occuper sinon c’est parti pour goûter tous les desserts servis dans chaque cabine. Chez air Chance on a la France d’avoir des tabourets, ça change des armoires en fer. 

Certains feuillettent Le point ou L’express ; on constate qu’il n’y a plus le ELLE, scandale.  Avec un cerveau au ralenti c’est le moment de faire des trucs bêtes et autres expériences bizarres ; saviez vous que si on met de la glace carbone dans du café soluble ça mousse comme un volcan en éruption ? Très rigolo à voir. Hem.

La garde passe plus vite avec des collègues qui sont encore en état de papoter.

On refait le monde, les boute-en-train montrent des photos de leurs chats/piscines/motos. Les intrépides racontent leurs aventures aux quatre coins de monde, on partage nos galères récits de voyage. 

Si vous n’avez pas les moyens de voir un psy, c’est le moment. On a la possibilité d’écouter et raconter nos vies à des presqu’inconnu(e)s, dans la mesure du temps disponible. Les langues se délient plus au secteur retour, après avoir fait plus ample connaissance pendant l'escale.                  Attention tout de même car la personne à qui vous parlez pourrait bien être la femme du garçon dont vous faites les louanges depuis une heure.

Les dépressifs ou hargneux s’épanchent, consultation gratuite et conseils personnalisés.                     Le bureau des pleurs est ouvert, n’imaginez pas que les histoires des navigants ressemblent à un film de Christophe Honoré. Plutôt à Mensonges et trahisons,  je caricature à peine.     

Les hôtesses averties ou divorcées mettent en garde qui veut l’entendre en évoquant leurs liaisons avec des pilotes. On m’a appris l’expression sordide taupatech : hôtesses chassant activement et exclusivement des commandants de bord ( ??!).

Il y a suffisamment de matière pour écrire un feuilleton à minettes, ça s’appellerait  Conn** sans frontières, et..

" C’est n’importe quoi  tout ça " me dit Berglind.

Je fais des rondes pour me tenir éveillée. Il faut traverser prudemment les allées encombrées de genoux/pieds/trucs par terre (où est ma lampe ?) pour aller voir ceux qui travaillent à l’avant. En classe affaires, où il y une machine à expresso.

Un petit papier accroché à un interrupteur indique toutes les informations essentielles : le temps de repos à la minute près avec les heures de réveil, l’heure de la descente etc.  Aargh il reste encore deux heures avant de dormir.  Mas cafe, por favor.

 

* " J’ai fait tes verseuses " : j’ai mis des sachets de thé et du café en poudre dans des grands pots. C’est en prévision du prochain service, pour qu’il n’y ait plus qu’à rajouter l’eau. On en fait toute une histoire de ces berceuses mais ça prend cinq minutes. Allez parfois plus, il faut compter un peu et des fois il y a du chocolat. Cela facilite le travail de la personne qui s’occupe du galley et qui dort. Au cas où elle n’aurait pas le temps pendant sa longue garde, on lui octroie donc le droit de s’ennuyer plus que nous.

Un autre point de vue sur ces heures perdues ici 

 

 

UN APERÇU D'UNE GARDE SUR UN MOYEN COURRIER CHEZ LES BELGES SUR LE LIEN SUIVANT :

Quelque part entre Paris et Tombouctou
Commenter cet article

Elodie 18/06/2020 13:36

C’est passionnant ! Effectivement, ce que vous racontez ressemble à un feuilleton et je pourrais vite devenir accro ! Il y a des choses auxquelles je n’avais pas pensé et c’est très intéressant d’avoir votre point de vue.

Delor 04/03/2019 11:12

Hello Julie ?
Waw c'est super ce que tu écris j'm bcp !
Cela me réconcilie un peu plus encore avec le fait de voler en avion ...merci pour ces mots à bientôt

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