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Voyages, bagages et nuages: le point de vue d'une hôtesse de l'air dans des grands oiseaux en fer.

19 Feb

Les voyageurs

Publié par Plume  - Catégories :  #Travel, #Listes

" La chance " me répète-on lorsque je pars en vacances seule - et de préférence au soleil - à l'autre bout du monde. Autre cas possible : rejoindre son nouveau chéri en Amérique du Sud, partir vivre en Inde, faire la tournée des Balkans, etc..

 

Une petite vérification s'impose.

 

Chance, nom féminin : Probabilité de se produire par hasard, manière favorable ou défavorable dont un événement se produit.

Difficile donc de louper Madame Chance qui serait soi-disant venue me prendre par la main, transformant mon voyage en pur coup de bol venu d'une puissance transcendante.

 

Chanceux, les globe trotters ?

 

Si on s'attarde sur les photos paradisiaques de cocotiers entourés d'eau turquoise cela peut mettre en rogne, surtout quand il fait moins dix degrés en France.

Mais du voyage on ne laisse paraître que ce qui brille. 

Or il y aussi ce qu'on ne voit pas, et que l'on raconte après:

 

Les moustiques qui vous dévorent dès l'aube en Amazonie, l'humidité étouffante en Asie et le froid glacial du désert.

 

La barrière de la langue, les galères d'orientation. Les interminables heures de train, les bus de nuits sur des routes de l'enfer. Les excursions chaotiques à l'arrière des tuk tuks.

 

Les coupures de courant, les douches froides, la quantité d'insectes rampants ET volants. 

 

La nourriture et l'eau qui font flancher les estomacs les plus résistants. Cette fâcheuse tendance à tout frire qui à force rend tout manger immangeable. Les conséquences néfastes sur l'organisme de l'eau purifiée, donc dépourvue de tout minéraux. 

 

Les conditions sanitaires déplorables qui enveniment n’importe quel bobos et m'ont valu l'équation un bête hématome en surf = une semaine à clopiner + une piqûre avec une aiguille à faire pâlir Maléfique, on ne dira pas où. 

 

Ce séjour à l’hôpital de Bangkok; on peut donc survivre à une attaque à la machette..

 

Ces mois à ramasser des oranges sous le cagnard australien, pour ensuite ne plus avoir assez de fonds pour rentrer en France.

 

L'insécurité, ces papiers volés, le combat de tous les instants contre les arnaques en tout genre - avec en champions toutes catégories les chauffeurs de bus et taxis.

 

Les frontières traversées et potentiels problèmes de visa: toujours passer à la douane en rentrant dans un pays ! Et de préférence respecter le nombre de jours autorisés, cela évite de se retrouver à errer pendant huit mois à Yangon comme cet australien dont l'unique préoccupation est de savoir quel pays allait l'accepter sur son territoire.

 

Les nuits raccourcies par : les coqs le matin, les chiens le soir, les prières ou la musique locale diffusées en stéréo dans toute la ville à n’importe quelle heure. Sans oublier l'opacité des rideaux et l'insonorisation des murs, notions aussi inconnues qu'une bonne connexion wifi.

 

Les correspondances ratées et valises égarées. Cette semaine en Albanie avec deux T-shirts car Transah!via n'a pas jugé utile de livrer mon sac à dos sur le tapis bagage de Tirana.

 

Chacun se reconnaît un peu dans ces galères, alors qu'est ce qui différencie le voyage du tourisme ?

 

Le temps, principalement, qui permet comme seul plan celui de ne pas en avoir; le luxe d'avoir des mois devant soi. Au début notre quotidien et nos proches nous manquent, notre esprit met un certain temps à se détendre. Puis la vie devient le voyage et le voyage la vie, à des années lumière de l'agitation urbaine et des faux besoins que l'on se crée. 

Avec du temps on peut défaire sa valise dans un coin qui nous plaît, pourquoi pas s'investir dans un projet humanitaire, travailler bénévolement en échange d'un lit et couvert.

Apprendre la langue grâce aux habitants avec qui on sympathise pour de vrai, et pour finir presque faire partie du paysage.

 

Il y a des jours avec et des jours sans, on ne se sent pas coupable de paresser une journée entière, contrairement à la contrainte du " tout voir tout faire " que l'on a tendance à s'imposer sur une semaine de congés.

 

« On ne voyage pas pour voyager mais pour avoir voyagé. »

Alphone Karr voyait juste, notre société de consommation a créé la tick boxing attitude : littéralement cocher la case, pouvoir dire que l'on a " fait " un pays comme une action dont on se débarrasse.

Difficile d'y remédier?

On peut commencer par lever le nez de son appareil photo et de son guide touristique, décrocher des réseaux sociaux, et employer des expressions comme "être allé" ou "avoir visité" plutôt que le verbe faire à tout bout de champ - depuis quand fait-on un pays?

 

"At the end you just end up chilling in hostels" confie un américano- chinois en vadrouille depuis dix ans : Au final tu finis juste par glander dans les auberges en se laissant porter par le flot ambiant et les rencontres plutôt que s'imposer la visite des sites touristiques très prisés. Ou comment passer deux mois coincée au Pérou sans mettre les pieds au Macchu Picchu.

Même en circuit touristique très très organisé on peut faire face à l'imprévu, faisant au final de nous tous des voyageurs.

Partir c'est se mettre en difficulté, dire adieu aurevoir à sa zone de confort pour plonger dans le grand bain de l'inconnu. 

 

Mais elle est folle pourquoi elle prépare pas son voyage, me direz-vous.

Car sur place on se rend compte que l'on a sous estimé, au choix : les distances, l’intérêt de tel ou tel lieu, la faisabilité de tout voir sans passer son temps dans les transports.

Entrecouper les avis de ceux qui sont passés ici avant vous ou mieux, qui y habitent, peut aider à se rendre compte qu'on resterait bien une semaine de plus dans une ville plutôt que les deux jours initialement prévus.

 

Lorsqu'on se déplace à l'arrache sans itinéraire précis on revient à nos instincts primaires : Quoi manger, où dormir ? L'incertitude est parfois totale, on ne sait pas de quoi sera fait le jour d'après..

Pas sûr que tout le monde soit prêt à lâcher son canap' pour ce genre de chance. 

 

Bien sûr qu'il y a le fun, le dépaysement et les paysages à couper le souffle. Même et surtout en partant seul, on rencontre plein de copains de voyage de tous les pays dans les auberges de jeunesse.

Certains ont un sac à dos en guise de maison depuis bien plus longtemps que vous et ont des tonnes d'histoires à raconter.

Tout le monde pense un peu comme vous, personne pour vous demander " Pourquoi tu retournes au Brésil, toute seule? C'est dangereux, et gniégnié"

L'état d'esprit nomade fait l'unanimité, faisant du fait de voyager quelque chose de tout à fait naturel.

 

Laura et Julie, Brésil 2019

Mais n'imaginez pas les hostels comme une vaste communauté hippique où tout le monde dort dans des hamacs en faisant du yoga chaque matin.

 

Qui dit long périple dit petit budget. Ce que l'on ne voit pas c'est l'enfer des dortoirs, qui peuvent abriter jusqu'à une vingtaine de lits superposés.

 

Les ronfleurs chroniques, la sonnerie du téléphone qui réveille tout le monde en pleine nuit sauf leurs propriétaires, tandis que d'autres choisissent stratégiquement de faire leurs valises à cinq heures du matin.

 

En Birmanie j'ai failli lapider à coups d'oreillers découvert les amateurs de l'activité "contemplation de lever de soleil." Tout ça à cause de la quantité de collines et de temples présents un peu partout dans le pays.

" Julie tu viens avec nous ? "

Me lever avant le soleil.. laissez moi réfléchir.....

NON MERCI on est en vacances, pas sur moyen courrier laugh

 

La cuisine et salle de bains communes embouteillées- deux plaques de cuisson et deux douches pour vingt personnes ?- les petits-déjeuners étouffes-européens et peu variés.

 

En basse saison on fait face au vide, aux rues désertes et à la solitude forcée.

Car voyager seul implique parfois de l'être vraiment, sans rencontrer traces du monde occidental ni parler sa langue natale pendant de longs jours voire semaines. Les endroits incroyables sont difficile d'accès et votre présence peut susciter l'étonnement des locaux (Qu'est ce que vous faites ici??)

 

Facile, elle paye quasiment pas l'avion. Cela facilite la décision du voyage certes, mais pas le départ lui même, car avec les tickets standbaille on plonge dans l'angoisse aventure dès l'aéroport. Ce suspense intenable ? La loi du le vol est complet = vous ne partez pas, et pas moins de dix-neuf heures d'attente dans le terminal deux de Sao Paulo après un vol de nuit, avant de pouvoir embarquer sur un vol intérieur.

Or à l'ère du low cost on trouve des longs courriers moins chers que le train, ces anecdotes de voyage ne sont pas que les miennes !

 

 

Voyageurs et photos :

Laura, Thomas, Clara, Florian, Victor, Olivier, Sylvain, William, Salvo, Ahmed, Lola, Telmo

 

Brésil 2019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Clara, Népal 2011; Photo Gaurav Dhwaj

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lola et Julie, Cambodge 2012

 

 

 

 

 

 

Pérou 2014

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Salvo et Ahmed, Bali 2013

 

 

 

 

 

Victor et Hugo, Albanie 2019

 

 

 

 

 

 

 

Pérou 2014

 

 

 

 

 

Clara et Vishnu, Népal 2011

 

 

 

 

 

 

Flo et Julie, Israël 2013

 

 

 

 

   

Laura et les moustiques, Manaus 2019
Yangon, Myanmar 2020
Hpa-An, Myanmar 2020

 

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Elodie 19/06/2020 15:36

Que dire ! Je suis encore une fois agréablement surprise par le ton de votre article et l’honnêteté avec laquelle vous décrivez votre vision du voyage. « On ne voyage pas pour voyager… », intéressant ! J’avoue la question du budget est pour moi cruciale. À tel point qu’avec le temps, j’ai conservé les mêmes bons plans qui consistent littéralement à sauter sur une occasion de financement. D’ailleurs, j’ai récemment fait appel à cet organisme de crédit en ligne : https://www.sofinco.fr/ . Cela m’a permis de concrétiser des petits séjours en Europe. Je pense aussi que les galères finissent par devenir de bons souvenirs et des anecdotes à raconter. Quelle sera votre prochaine destination ?

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