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Voyages, bagages et nuages: le point de vue d'une hôtesse de l'air dans des grands oiseaux en fer.

03 Nov

IBIZARRE

Publié par Plume  - Catégories :  #Model, #Travel

Les photos en studio, c'est pratique. Il y a des miroirs, des endroits pour se changer, tout ce qu'il faut pour souffler entre deux prises. Et surtout, une température -à priori- supportable.

Mais pour avoir des clichés du photographe, il faut (re)prendre un vol pour Ibiza.

 

" Waaa la classe  ! Le soleil, la nature, la plage."

 

Que nenni.

Shooting et chaleur, ça commence pareil mais ça ne va pas du tout ensemble.

La maquilleuse/coiffeuse ne sera pas là pour venir vous faire des retouches toutes les deux minutes en maugréant que vous avez saccagé son travail.

Car la make up artist, c'est vous. Je n'ai pas terminé de peinturlurer les yeux qu'il faut déjà éponger. On est encore dedans que le font de teint coule et les cheveux frisent, alors je vous laisse imaginer à l'air libre.

Le seul avantage comparé à une séance en extérieur en France, c'est qu'il y a moins de monde et donc pas d'attroupements, les locaux vous accordent autant d'importance que leur première paire de tongs.

 

Il faut sans cesse trouver des nouveaux endroits, de préférence ou personne ne vient vous enquiquiner avec une demande d'autorisation.

Fidèle à lui-même, le photographe aime les choses pas banales.

 

"Vous connaissez le Privilège ? C'est la boîte la plus populaire à Ibiza, vous pourrez dire que vous y êtes allée."

En ces temps incertains tous les clubs sont fermés, mais rien n'empêche d’accéder à la sortie de la discothèque, une sorte de terrain vague encombré de divers objets plus ou moins identifiables- comme un jet ski-.

Au milieu trône une grande carcasse rouillée en forme de bateau, que je soupçonne avoir été un podium, un carré VIP ou un perchoir à gogo dancers. Ou les trois.

 

"Vous pouvez grimper là-dessus?"

 

Allons-y, après tout je suis vaccinée contre le tétanos. Il installe son objectif pendant que j'essaie de m'installer le moins inconfortablement possible. La structure tangue au moindre mouvement. Je réalise que je suis toujours au mois des morts dans son calendrier. Octobre rouge, représentante des modèles ratatinées sur l..

 

- Vous êtes une fille équilibrée.

 

- Je suis balance.

 

Une voiture arrive en trombe, en sort une fille qui nous demande d'un air faussement calme que estas haciendo. On joue aux pokemons, ça se voit non  ?

"Esta privado aqui!" Elle commence à piailler sur un Hubert tout penaud à propos d'une sombre histoire d'autorisations et réseaux sociaux. Et bien sur, la POLICIA, AYAYAY.

 

"Valle, vamos" je la stoppe car elle est hors d'elle, c'est mauvais pour le cœur avec cette chaleur.

A cette heure-ci la police est sûrement en train de faire la sieste, ou mettre des glaçons dans la sangria. Si c'est privé ils n'avaient qu'à fermer.

 

On reprend la route, fort plaisante par ailleurs: un mélange entre la Grèce, la Sardaigne et le sud de la France.

Les oliviers provençaux, les pinèdes du pays basque (en plus vallonné) et les maisons blanches des Cyclades. Il y a aussi ces grands champs orangés qui ferait un joli décor, je trouve.

 

"Ça ne sert à rien de me montrer des endroits où on ne peut PAS faire de photos. Mais alors à rien, rien, rien du tout."

Je repère une route accessible, nous permettant de s'arrêter pour voir ce que ça donne.

 

Le soleil des Baléares à quinze heures, si vous n'êtes pas à l'intérieur ou à la plage sous un parasol, il vous écrase et vous empêche de réfléchir.

Il vous transforme en tortue des sables: en arrivant sur le spot chacun tarde à sortir de la voiture, et attend le dernier moment avant d'affronter l'extérieur. Vous vous métamorphosez en autre être, un genre de moi un peu maléfique.

 

Moi : Sérieusement, vous ne pouvez pas fumer après ? Ou pendant, je sais pas moi, mais pas avant sinon on est encore là demain.

 

Lui : Pourquoi vous vous trimballez toujours pieds nus ? On dirait que c'est votre souhait le plus cher, celui d'avoir les pieds noirs.

Ce sont surtout mes mollets qui sont noirs à cause de la gomme d'un des pneus soutenant l'échafaudage.

 

Je me mets en quête de fraîcheur que je trouve vaguement grâce à un figuier, pendant que le pied d'objectif italien s'ensevelit dans le terreau pourpre. Il décrète que ça ne rend rien, c'est trop sombre. Trente minutes de perdues et le capital soleil de la journée épuisé.

 

Quand l'air s'engouffre dans les vitres de la coccinelle on peut redevenir gentil normal.

On trouve une église dans le village de San Rafael, où je rassemble mes dernières forces pour tenir affalée debout contre un mur . Et surtout, à l'ombre.

 

"C'est maintenant qu'on est en train de faire les meilleures images." m'encourage-il.

 

RENIAL, sinore divetain. 

Le mois d'octobre ne sera donc pas rouge.

Plutôt bleu et blanc, sacré soulagement. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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